mercredi, février 4, 2026

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L’AFIS identifie les acquis et défis de la finance africaine

Après plusieurs années d’expansion soutenue et de transformation digitale accélérée, l’industrie financière africaine amorce un tournant stratégique. Selon la 5ᵉ édition du Baromètre de l’Industrie Financière Africaine, réalisée par Deloitte et l’Africa Financial Summit (AFIS), le secteur s’engage désormais dans une phase de « croissance rationalisée », marquée par un recentrage clair sur la rentabilité, la cybersécurité et l’efficience opérationnelle .

L’enquête, conduite entre mai et septembre 2025 auprès de dirigeants de plus de 70 institutions financières africaines – banques, assurances, fintechs, institutions de microfinance et acteurs des marchés de capitaux – révèle un niveau de confiance élevé dans les perspectives économiques. En moyenne, les dirigeants évaluent à 8 sur 10 la trajectoire économique de leur organisation à trois ans, un score en hausse de 0,72 point par rapport à 2024. 74 % des répondants se déclarent optimistes, contre seulement 4 % exprimant une perception négative, une dynamique portée par la désinflation progressive, une meilleure visibilité opérationnelle et une activité commerciale jugée résiliente.

Percée de la microfinance

Cette confiance varie toutefois selon les segments. Les institutions de microfinance affichent le niveau le plus élevé avec une note de 9 sur 10, devant les compagnies d’assurances à 8,35 sur 10. Les fintechs, après un pic observé en 2024, normalisent leurs anticipations à 8,33 sur 10, tandis que les groupes panafricains conservent une confiance soutenue (8,44 sur 10). À l’inverse, les acteurs internationaux (7,82 sur 10) et ceux des marchés de capitaux (7,5 sur 10) restent plus prudents dans un contexte de volatilité prolongée.

L’année 2025 marque surtout un retour assumé aux fondamentaux. 46 % des institutions interrogées font désormais de la rentabilité leur priorité stratégique, traduisant une transition vers une phase de maturité du secteur. Les leviers de transformation privilégiés demeurent la performance financière (84 %), l’expérience client (85 %) et la transformation digitale (81 %), tous en progression par rapport à l’année précédente. Cette orientation se reflète dans les résultats financiers : la marge nette d’exploitation progresse pour 69 % des acteurs, le Return on Equity pour 57 % et le Return on Assets pour 58 %, malgré des pressions persistantes sur la qualité des actifs et les coûts du risque.

Saisir les enjeux de la cybersécurité

Dans ce nouveau cycle, la cybersécurité s’impose comme un enjeu systémique. 58 % des institutions déclarent un niveau d’exposition élevé ou très élevé aux risques cyber, tandis que 51 % placent la cybersécurité parmi leurs principales préoccupations, contre 39 % en 2024. Les attentes réglementaires sont particulièrement fortes : 97 % des répondants appellent à des évolutions en matière de cybersécurité, devant l’identification numérique (92 %) et la lutte contre les flux financiers illicites (87 %). Si une majorité d’institutions dispose déjà de dispositifs de prévention et de détection opérationnels, le Baromètre souligne la nécessité de renforcer les capacités de remédiation pour passer d’une logique de réaction à une véritable résilience.

La digitalisation, quant à elle, n’est plus perçue comme un avantage compétitif mais comme un prérequis. 54 % des institutions s’estiment désormais digitalement matures, soit une progression de 6 points en un an. Les fintechs restent en tête, mais les compagnies d’assurances enregistrent la progression la plus marquée, avec 59 % d’acteurs en position avancée, en hausse de 19 points par rapport à 2024. L’intelligence artificielle est avant tout envisagée comme un levier de maîtrise des risques : 77 % des institutions anticipent un impact fort ou transformant de l’IA sur la détection de fraude, 70 % sur l’analyse du risque de crédit et 70 % sur l’optimisation des processus opérationnels.

Renforcer l’intégration

Sur le plan de l’intégration continentale, le PAPSS s’impose progressivement comme un outil opérationnel majeur. 35 % des institutions lui attribuent une opérationnalité élevée, en progression de 15 points en un an, avec des gains tangibles en coûts et en délais pour les paiements intra-africains. L’interopérabilité des systèmes de paiement est identifiée comme la transformation prioritaire à l’horizon 2030 par 28 % des répondants, dans un contexte marqué par l’ambition de connecter plus de 1,6 milliard de comptes bancaires et de mobile money.

Enfin, le Baromètre met en évidence une approche plus pragmatique de l’inclusion financière et des critères ESG. L’inclusion n’est un pilier stratégique que pour 39 % des institutions, principalement les acteurs de la microfinance et les fintechs. En matière d’ESG, l’investissement à impact demeure la dimension la plus structurée, avec 66 % d’engagement, tandis que l’intégration globale des critères ESG recule à 57 %, traduisant une recherche d’impact mesurable à court terme.

Pour Ambroise Depouilly, Managing Partner Deloitte Afrique francophone, « le secteur financier africain est entré dans une phase de maturité. La confiance est là, les fondamentaux se renforcent et l’intégration continentale devient concrète ». De son côté, Frédéric Maury, fondateur de l’AFIS, souligne que « les dirigeants recentrent leurs priorités sur la performance financière et l’efficience opérationnelle, qui redeviennent les véritables boussoles stratégiques du secteur ».

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