dimanche, août 31, 2025

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Sénégal : un an après le « first oil », entre promesses et attentes économiques

Le 11 juin 2024 restera une date historique pour le Sénégal. Ce jour-là, le pays produisait ses premiers barils de pétrole sur le champ offshore de Sangomar, marquant son entrée officielle dans le cercle restreint des producteurs de brut. Un an après ce « first oil », le bilan est contrasté : les chiffres confirment une montée en puissance de l’exploitation, mais les retombées économiques et sociales sont encore jugées insuffisantes par les autorités comme par la population.

Selon la compagnie Woodside, opérateur du champ de Sangomar, la production annuelle s’est élevée à 16,9 millions de barils de brut sur la période juin 2024 – mai 2025, dépassant largement l’objectif initial de 11,7 millions de barils. Au cours du premier semestre 2025, environ 21,9 millions de barils ont été extraits, pour un objectif fixé à 30,5 millions sur l’année. Sur cette base, Sangomar affiche une capacité moyenne de 100 000 barils par jour et recèle des réserves estimées à 540,9 millions de barils.

Les exportations pétrolières ont rapporté 991 millions de dollars, soit environ 567,2 milliards de francs CFA, en 2024. Dans le détail, 481 millions de dollars ont été générés au premier trimestre et 510 millions au second. Le brut sénégalais a trouvé preneur auprès de raffineries européennes, notamment en Allemagne et en Italie. En 2025, les ventes de pétrole de Sangomar devraient atteindre près de 950 millions de dollars, soit environ 595,5 milliards de francs CFA.

Ces chiffres témoignent du potentiel de la nouvelle rente pétrolière, mais ils n’ont pas encore transformé la vie quotidienne des Sénégalais. Le carburant reste vendu à 990 francs CFA le litre, le prix le plus élevé de la zone UEMOA, contre 855 francs CFA en Côte d’Ivoire, 540 francs CFA au Niger ou encore 700 francs CFA au Togo. « Nous espérons qu’une baisse des coûts de production et des prix du carburant sera notée dans l’avenir », a confié Ibrahima Fall, représentant du syndicat des stations-services.

L’État, de son côté, s’interroge sur la répartition de la richesse. Les contrats d’exploitation signés par le passé prévoient que le Sénégal ne perçoive qu’environ 13 % des revenus de Sangomar. « C’est inacceptable. Le pays ne peut pas se permettre de voir ses capacités endogènes à mobiliser les ressources lui échapper », avait dénoncé Bassirou Diomaye Faye lors de sa visite sur la plateforme de production, le 25 juin 2025. Le président a promis une « gestion transparente et équitable » de ces ressources naturelles au bénéfice des populations et a engagé des discussions pour renégocier certains termes contractuels.

En parallèle, l’exploitation gazière du projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), menée avec la Mauritanie, a débuté en décembre 2024. Les projections de recettes liées aux hydrocarbures pour la période 2026-2028 ont été révisées à la baisse, en raison d’un recul des prix du pétrole sur les marchés mondiaux. Le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle (DPBEP) table néanmoins sur un montant global de 227,2 milliards de francs CFA attendu sur cette période.

Le gouvernement insiste sur la nécessité d’améliorer la gouvernance et de renforcer la place du Sénégal dans la chaîne de valeur. « Il n’y a que l’Allemagne qui a 13 francs le kWh et le Japon à 104 francs qui nous devancent. Le Sénégal est à 91,84 francs le kWh, l’un des pays les plus chers », a déclaré le Premier ministre Ousmane Sonko en novembre 2024. Pour lui, il est indispensable de corriger les accords initiaux afin de favoriser une industrialisation compétitive et de garantir un accès à une énergie abordable.

Un an après l’arrivée du premier baril, Sangomar illustre donc à la fois les opportunités et les limites de la nouvelle ère énergétique sénégalaise. Les volumes produits et les recettes engrangées confirment la viabilité de l’exploitation. Mais les défis demeurent : renégociation des contrats, fiscalité pétrolière, impact sur le coût de l’énergie et retombées sociales pour les ménages.

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