Le Forum Dakar Business Connect, organisé par le magazine Le Marché, le 17 janvier 2026, a placé la titrisation sous les projecteurs à Dakar. Décideurs, experts et investisseurs ont exploré comment cet outil financier peut transformer le financement des infrastructures, soutenir la croissance des entreprises et offrir une alternative intelligente à l’endettement public. Entre décryptages, expériences concrètes et perspectives régionales, le forum a montré que la titrisation n’est pas seulement un concept finan‐ cier : c’est un levier stratégique pour construire l’avenir de l’économie sénégalaise et ouest‐africaine. Il peut s’imposer en alternative pour les États et les entreprises, face aux besoins croissants en financements. Même si le potentiel est énorme, il reste cependant à relever le défi de sa promotion, car jusque‐là, cet outil demeure encore méconnu du grand public.
À l’occasion du Dakar Business Connect organisé par Le Marché, le directeur général de KF Titrisation, Mouhamadou Moustapha Faye, a prononcé la Keynote speech. Il a ainsi exploré les apports et enjeux de la titrisation pour les Etats et les entreprises. Dans un contexte économique mondial marqué par la raréfaction des financements concessionnels, la titrisation peut constituer une alternative crédible pour les Etats. Moustapha Faye, Directeur général de KF Titrisation, a souligné que le sujet n’est pas que technique mais profondément politique, économique et stratégique. A ses yeux, il pose une interrogation centrale, c’est‐à‐dire, comment nos économies vont‐elles financer leur développement dans les cinq, dix, voire vingt prochaines années?
Selon lui, la réponse repose sur un triptyque : « financer plus, financer mieux et financer autrement ». Ainsi, il en déduit que la titrisation s’inscrit dans cette logique en permettant de mobiliser des flux économiques existants – loyers, créances commerciales, remboursements de crédits – afin de les transformer en capacités de financement durables, « sans alourdir le passif souverain ni saturer les bilans des banques ». Pour le DG de KF Titrisation, elle répond à une nécessité économique, dans un contexte où « le poids de la dette et la question du financement à long terme sont devenus capitaux ».
Aujourd’hui, a insisté Mouhamadou Moustapha Faye, les besoins sont considérables. Dans l’espace UEMOA, dit‐il, le déficit de logements dépasse 3 millions d’unités. À l’échelle du continent, les besoins annuels de financement des infrastructures sont estimés entre 130 et 170 milliards de dollars, pour un déficit d’environ 100 milliards de dollars par an. Parallèlement, les encours de crédits bancaires dans l’UEMOA dépassent 35 000 milliards de FCFA, selon la Banque centrale, sans pour autant combler l’écart avec les besoins de financement à long terme. Cependant, il estime que sur le marché financier régional, la titrisation reste encore marginale. Depuis 2016, environ 1900 milliards de FCFA ont été mobilisés via des fonds communs de titrisation.
Au 31 décembre 2025, a‐t‐il exposé, la BRVM comptabilisait 10 fonds communs de titrisation de créances, capitalisés à 120 milliards de FCFA, et 2 fonds de titrisation, pour 45 milliards de FCFA, représentant respectivement 3,67 % et 0,39 % de la capitalisation obligataire totale.
Ce qui fait dire à Mouhamadou Moustapha Faye que cette situation traduit un marché « en construction », appelant à la mise en place d’une véritable infrastructure de marché. Il identifie trois piliers essentiels : « la qualité et la traçabilité des actifs », « une gouvernance rigoureuse » et « la confiance durable des investisseurs ». « Ce sont les actifs qui payent les investisseurs, pas les promesses », insiste‐t‐il, soulignant la nécessité de flux « prévisibles, documentés et vérifiables ».
Encadrée par un dispositif réglementaire mis en place en 2010, tenant compte des leçons de la crise des sub‐primes, Mouhamadou Moustapha Faye a estimé que la titrisation est appelée à devenir « un instrument capable d’aligner capital, développement et stabilité financière », au service d’un financement durable des économies ouest‐africaines.


