Réunie à Abidjan ce lundi 9 février 2026, la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines (FANAF) a célébré son cinquantenaire à l’occasion de sa 50ᵉ Assemblée générale. Un anniversaire symbolique, mais surtout un moment de remise en question stratégique pour un secteur encore sous-exploité au regard des besoins de financement du continent.
Organisée au Palais des Congrès du Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire, la rencontre a mobilisé plus de 1 700 participants venus de l’ensemble du continent. La cérémonie d’ouverture s’est tenue en présence du ministre ivoirien de l’Économie, des Finances et du Budget, Adama Coulibaly, représentant le Premier ministre, et du président du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), Dr. Sidi Ould Tah.
Pour Mamadou G. K. Koné, président de l’Association des sociétés d’assurances de Côte d’Ivoire (ASACI), cet anniversaire constitue « un moment important pour notre organisation car il permet de marquer une étape, de rappeler le chemin parcouru et d’ouvrir la réflexion sur les perspectives ». Même tonalité du côté du président de la FANAF, César Ekomie Afene, qui a rappelé que « nos prédécesseurs n’ont pas seulement créé une association, ils ont semé une graine », soulignant le caractère historique du retour de la FANAF à Abidjan, cinquante ans après sa création en 1976.
Au-delà de la célébration, les débats ont mis en lumière le décalage persistant entre le potentiel de l’assurance africaine et son poids réel dans les économies du continent. Le taux de pénétration de l’assurance demeure limité à 3 %, contre une moyenne mondiale de 7,5 %, alors même que le secteur a réussi à mobiliser plus de 320 milliards de dollars de ressources. Un paradoxe largement évoqué lors des échanges.
Dans un contexte où les besoins de financement du développement africain sont estimés à 400 milliards de dollars par an, le président de la BAD a appelé à une mobilisation accrue des assureurs et réassureurs. « Cela requiert une mobilisation de tous les acteurs, y compris de l’industrie de l’assurance », a-t-il indiqué, inscrivant le secteur dans la réflexion sur une nouvelle architecture financière africaine.
La question de l’élargissement du marché a également été abordée à travers des propositions concrètes. Dans sa conférence inaugurale sur le thème « Assurance et souveraineté financière », Jean Kacou Diagou a plaidé pour la généralisation de certaines assurances obligatoires. Selon lui, cette mesure pourrait permettre de mobiliser jusqu’à 700 milliards de FCFA, soit un quasi-doublement du volume actuel du marché. « En un an, avec l’assurance obligatoire, il est possible de doubler la taille du marché ivoirien », a-t-il soutenu.
Les limites structurelles du secteur restent toutefois importantes : marchés fragmentés, faible capitalisation, dépendance à la réassurance internationale. Pour Géraldine Mermoux, directrice générale associée de Finactu, « l’écosystème présente de nombreux acteurs, mais sans coordination réelle », rappelant que « dans une chaîne, un seul maillon défaillant peut fragiliser tout le système ».
Placée sous le thème « Bâtir le futur de l’assurance africaine », cette 50ᵉ Assemblée générale intervient dans un contexte de réformes majeures : modernisation des cadres prudentiels, digitalisation des services, montée des risques climatiques et agricoles. Autant de leviers susceptibles d’élargir la base assurée, à condition que les acteurs atteignent une taille critique suffisante.
À 50 ans, la FANAF ne célèbre donc pas seulement son histoire. Elle pose les bases d’un repositionnement stratégique de l’assurance africaine, appelée à devenir un pilier de la souveraineté financière et du financement du développement du continent.


