Le Sénégal est en pleine renégociation de ses contrats pétroliers, gaziers et miniers. Pour le consultant senior, en pétrole, gaz et contenu local, Abdoul Kambane Diedhiou, il s’agit d’un changement de paradigme, qui ne sera pas au goût de tous les acteurs et partenaires.
Analysant la dernière sortie du premier ministre Ousmane Sonko, le Consultant Senior en pétrole et gaz, Abdoul Kambane Diedhiou considère que la renégociation des contrats est un changement de paradigme qui ne plaira pas à tout le monde notamment aux affairistes et intermédiaires dont le modèle économique repose sur l’opacité des contrats et la complicité de décideurs mal orientés.
À l’en croire, l’orientation ne plaira pas non plus à certains partenaires étrangers, habitués depuis trop longtemps à négocier dans des rapports de force déséquilibrés. « Cette nouvelle option du gouvernement devrait plaire à tous ceux qui croient que le Sénégal peut et doit capter la valeur de ses propres ressources. À tous ceux qui pensent que la souveraineté économique n’est pas un slogan de campagne mais un projet de gouvernance. À tous les entrepreneurs locaux qui veulent jouer dans une économie dont les règles ne sont pas écrites à l’avance en leur défaveur », considère-t-il.
Citant l’exemple du phosphate, l’expert estime que le Sénégal veut désormais être le maître de ses ressources. « Plus de 1 000 milliards de francs CFA sont réclamés à Indorama, le géant néerlandais de l’industrie chimique implanté dans l’exploitation des phosphates sénégalais. Plus encore : le contrat a été rompu. Le Sénégal entend être leader de son phosphate. Pas co-signataire, pas bénéficiaire résiduel – leader. Cette décision fera hurler les investisseurs institutionnels. Elle constitue pourtant la réponse la plus concrète à une décennie de sous-valorisation d’une ressource nationale fondamentale », explique Abdoul Kambane Diedhiou.
L’autre donne importante, à ses yeux, est la suspension de plus de 300 permis miniers et pétroliers. Pour lui, le message est sans équivoque, il ne s’agit pas de distribuer dans certaines conditions. « Chaque permis sera désormais adossé à une logique stratégique, à une contribution réelle à l’économie nationale, à une transparence des engagements », dit-il. Cette orientation, de l’avis d’Abdoul Kambane Diedhiou, permet de bénéficier des retombées pétrolières et gaziers qui constituent des ressources importantes. Pour ce qui est du secteur minier, il considère qu’avec la Société des mines du Sénégal (Somisen), l’option est un partenariat technique et équilibré. « La Somisen sera désormais propriétaire. Les investisseurs étrangers, aussi puissants soient-ils, viendront comme partenaires techniques. Ils apportent la technologie, l’expertise, parfois le financement. Mais ils ne définissent plus la stratégie, ni n’emportent l’essentiel de la rente.
C’est précisément ce que Sonko a expliqué avec cette clarté pédagogique qui le caractérise : la plupart des partenaires apportent un aspect technique et une capacité d’innovation », estime M. Diedhiou. Pour ce dernier, ces apports ont une valeur réelle, indéniable même si elle ne devrait pas dépasser 30 % du capital. « Au-delà, c’est le peuple sénégalais qui paie le surplus sans en tirer les dividendes », ajoute le spécialiste.