Dans les économies émergentes, le numérique s’impose désormais comme un moteur structurant de la croissance. Pour Souleymane Astou Diagne, économiste, cette dynamique peut s’analyser à la lumière des grands modèles théoriques. « Le modèle de Solow montre que la croissance du PIB par tête dépend du capital, de la démographie et du progrès technologique. Le numérique agit précisément comme un accélérateur de ce progrès », explique-t-il. À la suite de Romer, qui insiste sur le rôle central des idées et du savoir, il souligne que le numérique amplifie la production de connaissances, génère des externalités de réseau et accroît la productivité globale. « Les technologies digitales produisent des effets multiplicateurs sur l’investissement, favorisent la substitution capital-travail et contribuent à la baisse des coûts des équipements TIC », ajoute-t-il.
Au Sénégal, cette dynamique se matérialise particulièrement à travers l’essor des startups. Entre 2019 et 2021, l’écosystème local a levé 240 millions de dollars, positionnant le pays au 6ᵉ rang africain en matière de financement des jeunes pousses. « Le Sénégal est aujourd’hui l’un des environnements les plus attractifs d’Afrique francophone, porté par une jeunesse connectée, un marché en digitalisation rapide et un soutien institutionnel croissant », analyse Souleymane Astou Diagne. Ces startups participent à la transformation de secteurs traditionnels. Dans l’agriculture, des solutions basées sur l’imagerie satellitaire et les drones permettent d’optimiser les rendements et l’irrigation. Dans l’industrie, l’automatisation et la digitalisation des chaînes de production améliorent la compétitivité des entreprises locales. « Ce sont des solutions pensées pour répondre à nos contraintes économiques et sociales », insiste-t-il.
Mais cette évolution rapide pose la question de la régulation. Pour l’économiste, le cadre institutionnel peine à suivre le rythme de l’innovation. « La régulation souffre des lenteurs administratives et d’une faible capacité d’anticipation. Il faut indexer la décision publique sur la vitesse du numérique », estime-t-il. Il appelle notamment à une meilleure collaboration avec les plateformes numériques, à un encadrement renforcé des réseaux sociaux et à une internalisation accrue des services digitaux afin d’éviter une dépendance excessive vis-à-vis de l’étranger. La cybersécurité, la protection des données et la formation de spécialistes restent également des défis majeurs, dans un contexte où « le coût de l’Internet demeure élevé et les infrastructures insuffisantes dans certaines zones ».
En conclusion, le message adressé aux décideurs économiques est sans ambiguïté. « Le numérique n’est plus une option. Il est le socle des transformations économiques, sociales et institutionnelles », affirme Souleymane Astou Diagne. Selon lui, le véritable défi est désormais institutionnel et culturel. Il passe par l’investissement dans le capital humain numérique, le renforcement d’infrastructures souveraines de données et la mise en place d’une gouvernance agile, capable de piloter les mutations technologiques avec réactivité. « C’est à ce prix que le Sénégal pourra pleinement libérer le potentiel de la tech dans sa stratégie de développement ».