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ABDELLAH MARRAKCHI, DIRECTEUR AFRIQUE SAGE: « Le digital n’est plus un luxe, mais une nécessité pour les entreprises africaines »

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Présent au Sénégal et dans plus de 100 pays, SAGE accompagne depuis 35 ans la digitalisation des entreprises à travers des solutions de gestion adaptées à toutes les tailles d’organisations. Entre cloud, intelligence artificielle et modernisation des processus, son Directeur du pôle Afrique Abdellah Marrakchi, basé à Casablanca, décrypte les enjeux d’un marché sénégalais en pleine mutation.

Que révèle aujourd’hui le marché sénégalais des mutations à l’œuvre dans les entreprises ?

Le Sénégal a été précurseur puisque dès 2016, des plans numériques ont été engagés par l’État. Aujourd’hui, on voit déjà les fruits de ces politiques successives : le digital contribue à hauteur de 10 % du PIB, ce qui est exceptionnel et rare dans la sous-région. Le pays a également lancé une ville technologique à horizon 2025, avec un fonds d’investissement de plus de 1 000 milliards de francs CFA, visant à moderniser et à digitaliser l’administration, mais aussi à accompagner l’édification économique. Tout cela dans une conjoncture qui n’est pas simple. Le Sénégal fait face à des défis économiques, mais il dispose aussi de relais de croissance, notamment avec l’énergie, le pétrole et l’ambition de structurer son industrie. 

Les donneurs d’ordre grandissent, les contrats s’accélèrent, les flux financiers s’intensifient. Un directeur financier qui gérait 10 milliards de FCFA il y a quelques années peut aujourd’hui en piloter 25 ou plus. Les outils de gestion doivent donc évoluer au même rythme. Ce que nous observons chez Sage, c’est une demande croissante de structuration et de visibilité financière. Les entreprises sénégalaises souhaitent passer d’une gestion intuitive à une gestion pilotée par la donnée. Ce n’est plus une aspiration, mais une nécessité de compétitivité.

Quelles sont les spécificités du marché sénégalais par rapport au reste de la sous-région ?

Le Sénégal a une trajectoire numérique particulière. C’est le premier pays d’Afrique de l’Ouest à avoir lancé une stratégie nationale du numérique dès 2016. Aujourd’hui, le numérique représente déjà environ 10 % du PIB, et le pays se classe parmi les plus connectés du continent. En 2025, le président Bassirou Diomaye Faye a lancé le New Deal Technologique, avec un investissement de plus de 1 100 milliards de FCFA sur la période 2025-2034. C’est un signal fort envoyé au secteur privé. Mais il existe un paradoxe : malgré cette maturité institutionnelle, la réalité des entreprises reste différente. Une faible proportion d’entre elles utilise encore des logiciels de gestion, et une partie importante de la population reste peu connectée.

Le défi aujourd’hui n’est donc plus l’infrastructure, mais l’adoption. Et c’est précisément là que des acteurs comme Sage ont un rôle clé à jouer. Un autre élément majeur, c’est la jeunesse. La moyenne d’âge au Sénégal est comprise entre 25 et 30 ans, ce qui est exceptionnel. Cette jeunesse représente les consommateurs, les collaborateurs et les entrepreneurs de demain. Elle est née dans une vague digitale. Elle paie via mobile money, recherche l’information en ligne, se forme sur le digital. Pour moi, c’est la première ressource qui fera la différence. Le deuxième élément, c’est l’État, qui est pleinement conscient du rôle clé de la digitalisation. On voit des partenariats se nouer avec des acteurs télécoms et internationaux, notamment Starlink, afin d’élargir la couverture Internet. Il y a une volonté claire de mettre en place des infrastructures favorables à l’accélération digitale et de digitaliser les services publics.

Pourquoi la facturation électronique est-elle devenue un sujet stratégique pour les entreprises sénégalaises maintenant ?

2025 marque un tournant majeur pour la fiscalité sénégalaise. La loi de finances 2025 rend la facturation électronique obligatoire pour les entreprises assujetties à la TVA. Il s’agit d’une réforme structurante, actuellement en cours de déploiement. Parallèlement, le Sénégal a introduit une TVA numérique sur les services fournis par les plateformes étrangères. La DGID a déjà commencé à enregistrer les premiers résultats de cette réforme, avec des recettes en progression. Ce double mouvement traduit une réalité : le pays est en train de bâtir un écosystème fiscal entièrement digitalisé. Pour les entreprises, cela signifie que la digitalisation des processus financiers n’est plus une option. Elle devient une obligation réglementaire, mais aussi une opportunité de performance. Chez Sage, nous accompagnons cette transition pour transformer cette contrainte en levier : automatisation de la TVA, conformité en temps réel et pilotage de la trésorerie.

 Ce que vous observez au Sénégal traduit-il une tendance plus large en Afrique de l’Ouest ?

Ce qui se passe au Sénégal s’inscrit dans une dynamique régionale plus large. L’Afrique de l’Ouest est en train de devenir un laboratoire avancé de la transformation numérique et fiscale. Le Sénégal rejoint ainsi d’autres pays de la région ayant adopté la facturation électronique obligatoire, comme la Côte d’Ivoire ou le Bénin. En quelques années, la sous-région a pris une longueur d’avance sur ces sujets. Cette transformation traduit un changement profond : les États ont compris que la digitalisation des entreprises est un levier efficace pour élargir l’assiette fiscale et soutenir le développement économique. C’est une convergence d’intérêts entre secteur public et secteur privé qui n’existait pas auparavant.

 Comment les entreprises sénégalaises peuvent-elles aborder concrètement l’IA et le Cloud sans tomber dans l’effet de mode ?

Il faut d’abord comprendre une réalité importante : les entreprises africaines peuvent adopter l’intelligence artificielle beaucoup plus rapidement que d’autres marchés, car elles n’ont pas de systèmes hérités complexes à transformer. Le marché de l’IA en Afrique connaît une croissance très rapide, et le Sénégal s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Le pays ambitionne même de devenir un acteur majeur du numérique sur le continent. 

Le Cloud, souvent perçu avec méfiance, est pourtant déjà omniprésent dans notre quotidien. Il permet un accès sécurisé, centralisé et permanent aux données. Les grandes entreprises technologiques investissent des milliards pour garantir cette sécurité, ce qui dépasse largement les capacités internes des entreprises classiques. L’intelligence artificielle, elle, vient en complément. Elle automatise les tâches répétitives et aide à la prise de décision. Chez Sage, nous parlons de “copilot” : l’IA ne remplace pas l’humain, elle l’assiste. Elle permet aux dirigeants de gagner en efficacité, notamment sur la trésorerie, la conformité et l’analyse des données.

Qu’attendent concrètement les entreprises sénégalaises d’un partenaire comme Sage ?

Les entreprises sénégalaises attendent avant tout trois choses. D’abord, la conformité légale : il s’agit d’être en phase avec les réglementations fiscales et sociales locales, qui évoluent rapidement. Ensuite, la technologie : cloud, intelligence artificielle, facturation électronique ou encore analyse de données sont devenus des besoins essentiels pour rester compétitif. Enfin, la proximité : au Sénégal, Sage s’appuie sur un réseau de partenaires intégrateurs locaux qui assurent l’implémentation, la formation et le support au quotidien. Cette proximité est essentielle pour accompagner efficacement les entreprises. À cela s’ajoute un quatrième élément : la formation des talents. À travers nos programmes éducatifs, nous contribuons à former les jeunes et à renforcer leur employabilité, ce qui bénéficie à tout l’écosystème. Concernant les PME, elles représentent la grande majorité du tissu économique. Notre objectif est de démocratiser l’accès aux outils de gestion, avec des solutions évolutives et accessibles par abonnement, adaptées à leur croissance.

 Quelles entreprises sénégalaises prendront de l’avance dans les prochaines années ?

Les entreprises qui prendront de l’avance seront celles qui auront compris que la transformation digitale n’est pas un projet technique, mais une stratégie globale portée par la direction générale. Avec une croissance projetée autour de 8,4 % et l’arrivée de nouvelles ressources économiques, le marché sénégalais entre dans une phase d’expansion rapide. Les entreprises qui seront structurées, digitalisées et conformes auront un avantage décisif. Plus concrètement, celles qui investissent dès aujourd’hui dans leurs systèmes de gestion ERP, conformité fiscale, pilotage financier  seront les mieux placées pour accéder aux marchés, aux financements et aux partenariats internationaux.

La donnée devient un facteur de crédibilité et de compétitivité. C’est dans cette logique que s’inscrit notre action chez Sage : accompagner les entreprises dans leur structuration pour qu’elles soient prêtes pour la croissance de demain.

Propositions recueillies par Aissatou DIOP

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