Le tissu entrepreneurial du Sénégal reste marqué par une forte dynamique de création mais également par une mortalité importante des entreprises. C’est l’un des principaux enseignements de l’Enquête nationale sur la démographie des entreprises du Sénégal (ENDES) réalisée par l’Agence nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD), qui dresse un état des lieux de la création, de la survie et de la cessation des entreprises dans le pays.
Selon le rapport, « le taux de fermeture global des entreprises s’établit à 27,4 % », ce qui signifie qu’« près de trois entreprises sur dix créées cessent leurs activités ». L’étude souligne également que la majorité des cessations intervient dans les premières années d’activité. « Près de 62 % des fermetures surviennent avant la troisième année », tandis qu’« près de la moitié des entreprises disparaissent avant leur cinquième année d’activité ».
Les disparités régionales sont également marquées. Les régions de Dakar, Thiès et Kédougou enregistrent les proportions les plus élevées de fermetures, avec respectivement 30,8 %, 28,7 % et 26,7 %. À l’inverse, certaines zones présentent des taux nettement plus faibles, notamment Kolda (6,0 %), Saint-Louis (9,9 %) et Kaffrine (10,9 %).
L’étude met également en évidence des différences selon la forme juridique des entreprises. Les sociétés présentent un taux de fermeture plus élevé que les entreprises individuelles. « Les personnes morales enregistrent un taux de fermeture de 30,8 % contre 26,7 % pour les personnes physiques », précise le rapport. Dans certaines régions, l’écart est encore plus marqué, notamment à Dakar où « la fermeture des entreprises à personne morale atteint 37,8 %, contre 29,5 % pour les entreprises individuelles ».
Sur le plan sectoriel, certaines activités apparaissent plus vulnérables que d’autres. Le rapport indique que les entreprises opérant dans les services présentent les taux de survie les plus faibles, avec parfois seulement 30 % de survie après cinq ans dans certaines branches. À l’inverse, l’industrie apparaît relativement plus résiliente, avec des taux de survie pouvant atteindre 71,6 % dans certaines activités.
Les causes des fermetures sont principalement d’ordre financier et commercial. L’ENDES révèle que « le manque de financement constitue la cause la plus évoquée par les entreprises fermées, soit 34,6 % ». Cette contrainte limite la capacité des entreprises à investir ou à soutenir leur trésorerie. La perte de marché arrive en deuxième position avec 31,2 %, suivie de la concurrence évoquée par 27,1 % des entreprises.
Le rapport met également en lumière les difficultés financières rencontrées par certaines entreprises encore en activité. Selon l’étude, « 17,8 % des entreprises actives déclarent rencontrer des difficultés à rembourser leurs dettes ». Parmi ces entreprises en difficulté, « 63 % évoquent exclusivement des problèmes liés au remboursement de leurs dettes », tandis que 22,6 % mentionnent des retards dans le paiement des salaires.
En termes de performance économique, les résultats montrent une évolution contrastée du chiffre d’affaires des entreprises entre 2021 et 2023. L’enquête révèle que 24,3 % des entreprises ont enregistré une croissance de leur chiffre d’affaires d’au moins 100 %, tandis que 30,5 % ont connu une progression comprise entre 10 % et 50 %. À l’inverse, 21,9 % des entreprises ont enregistré une baisse de leurs revenus sur la période.
Au-delà des difficultés, l’ENDES souligne que le tissu entrepreneurial sénégalais demeure largement porté par des initiatives individuelles. « La dynamique entrepreneuriale est essentiellement portée par des créations d’entreprises relevant de la création pure à hauteur de 96,4 % », note l’étude.
Pour l’ANSD, cette enquête vise à améliorer la connaissance du tissu économique national. L’objectif est de mieux suivre l’évolution des entreprises et de fournir aux décideurs publics des données fiables pour orienter les politiques économiques et les stratégies de soutien à l’entrepreneuriat.