Home AVIS D’EXPERT FMI, PTDS, les enjeux et défis d’un nouveau départ (Par Mohamed Ndiaye)

FMI, PTDS, les enjeux et défis d’un nouveau départ (Par Mohamed Ndiaye)

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L’aboutissement des négociations avec le FMI constitue une étape importante. Il traduit la capacité des autorités sénégalaises à conduire un dialogue exigeant avec le FMI et à construire une nouvelle trajectoire économique et financière pour le pays.

Mais il faut bien comprendre la portée réelle de cet accord. Les 2,2 milliards de dollars ne constituent pas, à eux seuls, la solution au problème financier du Sénégal. La véritable valeur de cet accord réside dans la confiance qu’il peut contribuer à restaurer, dans la mobilisation de financements complémentaires et dans la possibilité de reconstruire progressivement les marges de manœuvre nécessaires au financement du développement.

Le plus important commence donc maintenant : transformer les engagements pris en réformes crédibles, en résultats mesurables et en améliorations concrètes pour l’économie et les populations. En définitive, l’accord avec le FMI n’est pas l’aboutissement du redressement ; c’est le point de départ de la restauration de la crédibilité économique du Sénégal.

Un signal de confiance 

L’accord constitue d’abord un signal de confiance. Lorsqu’un pays parvient à établir avec le FMI une trajectoire crédible de réformes, de consolidation budgétaire et de gestion de la dette, cela fournit à l’ensemble des partenaires financiers un cadre de référence pour apprécier la solidité de cette trajectoire.

C’est particulièrement important pour le Sénégal, qui doit désormais recréer un environnement favorable à la mobilisation de ressources concessionnelles, au financement du développement et au retour progressif des investisseurs privés.

Mais il faut être lucide : l’accord avec le FMI est une condition importante, mais il n’est pas une garantie automatique du retour des investisseurs. Ceux-ci regarderont surtout la capacité du Sénégal à traduire le programme en actes : prévisibilité des politiques publiques, maîtrise des risques budgétaires, transparence, amélioration du climat des affaires, sécurité juridique et capacité à générer une croissance durable.

La confiance des investisseurs ne se décrète pas ; elle se construit par la cohérence entre les annonces, les réformes et les résultats. On pourrait même résumer la situation ainsi : le FMI peut contribuer à ouvrir la porte du financement international ; c’est la qualité et la constance de nos réformes qui permettront aux investisseurs d’entrer et surtout de rester.

Passer à une économie capable de créer des propres ressources 

Il faut d’abord éviter une confusion : un programme du FMI ne crée pas mécaniquement de la croissance. Il crée plutôt les conditions macroéconomiques et financières nécessaires pour retrouver des marges de manœuvre et permettre à l’économie de repartir sur des bases plus solides.

Le véritable enjeu pour le Sénégal est désormais de transformer le retour progressif de la stabilité et de la confiance en investissements productifs, en emplois et en diversification économique. Notre pays doit notamment mieux valoriser ses ressources naturelles, accélérer la transformation locale, renforcer l’agriculture et l’agro-industrie, soutenir l’industrie, développer les services à forte valeur ajoutée, le numérique et investir massivement dans le capital humain.

La question centrale est donc moins de savoir comment financer davantage l’économie que de savoir comment produire davantage, mieux et localement. Il faut passer progressivement d’une économie où l’on cherche prioritairement des ressources pour financer les déficits à une économie capable de créer ses propres ressources à travers la production, l’investissement privé, l’exportation et la transformation des chaînes de valeur.

Le véritable succès du programme ne se mesurera donc pas au montant des financements mobilisés, mais à notre capacité à créer des entreprises, générer des emplois, augmenter la production locale et transformer durablement nos filières économiques.

C’est à cette condition que l’accord avec le FMI pourra devenir un véritable levier de transformation et non simplement un instrument de stabilisation.

Le PTDS, un complément de l’architecture 

Le Plan de Traitement de la Dette du Sénégal constitue, à mon sens, le complément indispensable du nouvel accord avec le FMI. La question de la dette ne se résume en effet pas à son niveau. Il faut également regarder son coût, sa maturité, son profil de remboursement et surtout le poids de son service sur les finances publiques.

Lorsque le service de la dette absorbe une part aussi importante des recettes de l’État, c’est autant de ressources qui ne peuvent être consacrées aux infrastructures, à l’éducation, à la santé, à l’agriculture ou au soutien à l’investissement productif.

Le PTDS peut donc contribuer à améliorer le profil de la dette, réduire les vulnérabilités financières et restaurer progressivement des marges budgétaires. Son effet attendu sur l’économie réelle est également important, notamment à travers l’apurement progressif des obligations de l’État envers les fournisseurs, ce qui permettrait de réinjecter de la liquidité dans le tissu économique.

Mais il faut aller plus loin. Le traitement de la dette doit impérativement être accompagné d’une transformation profonde de la qualité de la dépense publique. Il ne servirait à rien de réaménager la dette aujourd’hui si les mêmes déséquilibres devaient réapparaître demain.

Le PTDS ne doit donc pas seulement alléger le poids de la dette ; il doit libérer l’État pour qu’il puisse de nouveau financer le développement. Et c’est probablement là l’un des enjeux majeurs des prochaines années : passer d’une gestion de crise de la dette à une véritable stratégie de soutenabilité et de financement du développement.

Mohamed Ndiaye 

Docteur en Sciences économiques
Économiste – Financier
Expert en politiques publiques, financement du développement et gouvernance économique

Chevalier de l’Ordre national du Lion

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