Le boom gazier ouest-africain entre dans une nouvelle phase. Après les découvertes et le développement des projets d’exportation de GNL, les pays de la région misent désormais davantage sur les infrastructures permettant d’acheminer le gaz vers les marchés intérieurs, de produire de l’électricité et d’alimenter l’industrie.
Le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), partagé entre le Sénégal et la Mauritanie, reste au cœur de cette dynamique. Sa première phase a atteint en janvier 2026 sa capacité cible de 2,7 millions de tonnes de GNL par an. Une deuxième phase pourrait porter la production annuelle à 5,2-5,7 millions de tonnes.
Au Sénégal, cette nouvelle orientation se traduit notamment par le développement du gazoduc de Gandon, approuvé en mai 2026, ainsi que par les projets de centrales à cycle combiné de Cap des Biches (300 MW) et Sandiara (360 MW).
Le projet Yakaar-Teranga, dont les ressources sont estimées à 25 Tcf, illustre également cette volonté de privilégier la valorisation locale. Sa nouvelle configuration prévoit des infrastructures reliant les installations sous-marines au littoral et un traitement à terre. La décision finale d’investissement est attendue au quatrième trimestre 2026. Le gaz pourrait notamment servir à produire de l’ammoniac, de l’urée et des matières premières destinées aux engrais.
En Mauritanie, la stratégie « gaz-to-power » s’appuie sur les gisements de Banda et Tevet, avec notamment une centrale de 180 MW à Nouakchott et une future installation de 120 MW.
La dynamique dépasse toutefois le Sénégal et la Mauritanie. En Guinée, le projet de terminal de regazéification de Kasmar, évalué à 300 millions de dollars, doit notamment alimenter la production électrique et les activités liées à la bauxite et à l’aluminium.
À l’échelle régionale, le réseau de transport de l’OMVG, long de 1 677 km et fonctionnant à 225 kV, et le marché « Day-Ahead » de l’EEEOA doivent favoriser davantage les échanges transfrontaliers d’électricité.
Le projet de gazoduc Atlantique, reliant le Nigeria au Maroc à travers plusieurs pays de la zone MSGBC, s’inscrit dans cette logique d’intégration régionale. Un accord intergouvernemental est d’aielleurs attendu au quatrième trimestre 2026.
Ces différents projets traduisent ainsi un changement de cap. Le défi n’est plus seulement de produire du gaz, mais de construire les infrastructures et les marchés capables de le valoriser localement et à l’échelle régionale.