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INTERVIEW: Mamadou Ndiaye, Ex président de AMF-UMOA: « Les Sukuk offrent des perspectives intéressantes pour mobiliser des capitaux à long terme »

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À la faveur de la première édition de la Rencontre Africaine de la Finance Islamique tenue à Dakar, Mamadou Ndiaye livre une analyse approfondie des enjeux et perspectives des sukuk en Afrique francophone. Dans cet entretien accordé à Le Marché, il revient sur la place croissante de la finance islamique dans l’espace UEMOA, les défis liés à la fiscalité et à la liquidité, ainsi que les stratégies à mettre en œuvre pour faire de ces instruments un véritable levier de financement du développement durable sur le continent.

Vous avez récemment organisé la Rencontre Africaine de la Finance Islamique autour du thème : « Les sukuk en Afrique francophone : fiscalité, liquidité et structuration au service du développement ». Quels étaient les objectifs poursuivis à travers cette initiative ?

Permettez‑nous, d’abord, d’exprimer à nouveau à travers votre magazine nos vifs remerciements à l’ensemble des participants qui ont honoré de leur présence la première édition de la Rencontre Africaine de la Finance Islamique (RAFI), tenue le 30 janvier 2026 à Dakar. Cette initiative, portée par un collectif de diplômés de l’Exécutive MBA en Finance Islamique de Financia Business School (Paris), s’inscrivait dans un cycle d’activités comprenant un colloque sur la thématique des sukuk, une cérémonie de remise de diplômes et un road show auprès des acteurs nationaux de la finance islamique.

La RAFI a été conçue comme un espace de réflexion et d’action visant à promouvoir la compréhension et l’usage des instruments financiers islamiques au service du développement en Afrique francophone. Plus précisément, les objectifs de cette première édition étaient de :

  • favoriser un dialogue opérationnel entre décideurs publics, régulateurs, émetteurs, investisseurs et experts afin d’évaluer la faisabilité et les conditions d’une montée en puissance des sukuk dans la zone francophone ;
  • identifier clairement les verrous techniques, fiscaux et de marché qui freinent l’adoption des sukuk notamment la standardisation documentaire et Sharia, les enjeux de traitement fiscal (TVA, droits d’enregistrement, risques de double imposition) et les défis de liquidité et de tenue de marché ;
  • proposer des pistes d’action concrètes : harmonisation réglementaire régionale, création de guichets de refinancement conformes à la Sharia, mise en place de cadres fiscaux adaptés et promotion d’émissions ciblées (sukuk verts et sociaux) pour financer des projets d’infrastructure durable ;
  • contribuer à mobiliser des partenaires techniques et financiers (institutions internationales, organismes de normalisation, bailleurs et diaspora) afin de diversifier la base d’investisseurs et d’ancrer durablement un marché régional des sukuk ; 
  • installer la RAFI comme un rendez‑vous annuel pour suivre l’évolution des initiatives, partager les bonnes pratiques et co‑construire des solutions adaptées aux défis financiers des économies africaines.

En somme, cette première édition visait ainsi à transformer l’intérêt théorique pour les sukuk en un agenda pratique et coordonné, capable de lever les obstacles identifiés et de faciliter la mobilisation des financements durables au bénéfice du développement des économies de la sous-région.

Nous tenons à remercier particulièrement M. Anouar Hassoune, Managing Director, GCR RATINGS, modérateur du colloque ainsi que les panélistes, Mme Oulimata NDIAYE DIASSE, Directrice UMOA-TITRES, M. Boubacar CORREA, CEO TAIBA TITRISATION et M. Badara NIANG, Managing Partner, DELOITTE SENEGAL.

Ces remerciements s’adressent également aux premiers responsables des institutions qui ont bien voulu accueillir notre délégation lors du road show des 02 et 03 février 2026 en particulier la Direction Nationale de la BCEAO pour le Sénégal, la Direction Générale de la Banque Islamique du Sénégal, la Direction Générale de AL RAHMA MICROFINANCE, la Direction Générale de la Haute Autorité du WAQF ainsi que la Direction du Fonds Islamique de Relance.

Comment appréciez-vous la place de la finance islamique dans l’écosystème financier régional de l’UEMOA, et plus particulièrement au Sénégal ?

La finance islamique occupe aujourd’hui une place à la fois émergente et prometteuse au sein de l’UEMOA, portée par des avancées réglementaires importantes et une volonté politique affichée. Ces dernières années, la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et l’Autorité des Marchés Financiers de l’UMOA (AMF/UMOA) ont adapté le cadre juridique communautaire pour y intégrer les opérations islamiques, ouvrant ainsi la voie aux banques, institutions de microfinance, assurances et acteurs du marché financier qui souhaitent investir ce segment financier.

Au niveau régional, plusieurs États membres, dont particulièrement le Sénégal et la Côte d’Ivoire, ont démontré leur engagement par des initiatives concrètes, notamment l’émission de sukuk souverains. Ces expériences pilotes ont prouvé la faisabilité technique et l’intérêt des investisseurs pour ces instruments alternatifs.

Le cas du Sénégal : un rôle précurseur et une dynamique institutionnelle soutenue

Le Sénégal joue un rôle pionnier et structurant dans cet écosystème. D’une part, il a été l’un des premiers pays de la zone à émettre des sukuk souverains (100 milliards en 2014, 150 milliards en 2016, 330 milliards en 2022), marquant ainsi une étape décisive dans la promotion de cet instrument financier. D’autre part, les autorités sénégalaises, à travers le Ministère chargé des Finances ont mis en place, avec l’appui de la Banque Islamique de Développement (BID), des institutions dédiées telles que la Haute Autorité du Waqf et le Fonds de Développement de la Microfinance Islamique (FDMI, ex-PROMISE). Ces structures visent à ancrer la finance islamique dans le financement du développement social et peuvent constituer, avec les initiatives de gestion de la zakat, d’importants vecteurs de promotion de la « finance sociale islamique ».

Par ailleurs, sous l’impulsion du Ministère qui avait initié déjà vers la fin des années 2000, un programme de formation de formateurs en finance islamique, l’offre nationale de formation en finance islamique s’est étoffée avec l’intégration de filières spécialisées dans les universités et instituts supérieurs, renforçant ainsi les compétences locales. A ce jour, le pays dispose déjà d’un vivier de plusieurs experts en finance islamique de tous niveaux qui officient dans les différentes instances de gouvernance et interviennent dans le renforcement des capacités de l’industrie financière islamique.

Le pays s’est également imposé depuis près d’une décennie comme un carrefour d’échanges, accueillant régulièrement des rencontres sous régionales et internationales sur les problématiques de la finance islamique sous forme de forums, colloques, congres, etc. Toutes ces évolutions positionnent ainsi notre pays comme le futur hub de la finance islamique en Afrique de l’Ouest.

Un potentiel réel mais une part de marché encore limitée

Malgré ces progrès indéniables, la part de marché de la finance islamique reste encore modeste comparativement à la finance conventionnelle, et ceci tant au niveau national qu’à l’échelle communautaire. Si des acteurs comme la Banque Islamique du Sénégal (BIS) figurent désormais parmi les cinq premières banques du pays notamment en termes de total bilan ou d’encours de dépôts et que de nouvelles fenêtres islamiques et des institutions de microfinance islamique voient le jour, le volume global des actifs islamiques demeure faible comparé à la finance conventionnelle. Toutefois, les tendances récentes notées laissent présager d’un futur prometteur.

Les principaux défis à relever sont doubles :

A notre avis, tirer pleinement profit de ces évolutions et du potentiel de la finance islamique, nécessite un renforcement institutionnel et réglementairenotamment par la poursuite  de l’harmonisation des normes, la clarification des aspects fiscaux et le développement de la liquidité du marché secondaire.

Par ailleurs, la communication et l’éducation financière revêtent une exigence particulière dans la promotion de la finance islamique. A cet égard, une stratégie de vulgarisation est essentielle pour améliorer la compréhension des produits islamiques, lever les réticences culturelles ou doctrinales et favoriser leur adoption par le grand public, les entreprises et les investisseurs institutionnels.

Au total, la finance islamique est désormais une composante reconnue et en pleine croissance dans l’écosystème financier de l’UEMOA. Le Sénégal, par ses importantes initiatives, est appelé à assumer davantage ce rôle de locomotive dans le développement de la finance islamique  dont le potentiel ne pourra être atteint que par une consolidation réglementaire, une meilleure intégration du marché et une communication pédagogique renforcée.

En Afrique, les États font face à des besoins de financement de plus en plus pressants, dans un contexte marqué par des conditions d’accès aux marchés souvent difficiles. Dans quelle mesure les sukuk peuvent-ils constituer une alternative crédible pour les pays africains ?

Je serais tenté de renvoyer la réponse à votre question aux multiples interventions opérées par les Etats sur le marché financier régional depuis la réussite de la première expérience sénégalaise en 2014. En effet, les émissions du Sénégal ont été suivies par la Côte d’Ivoire, le Togo, le Mali le Burkina et dernièrement le Benin. Ces émissions, toutes sursouscrites, qui ont combiné importance des montants mobilisés, rendement attractifs, maturités adaptées, ont permis d’accompagner le financement d’importants investissements dans le domaine des infrastructures routières, portuaires, énergétiques…

A notre avis, les sukuk constituent une alternative crédible pour plusieurs raisons : ils diversifient les sources de financement souverain, attirent des investisseurs sensibles aux critères éthiques et peuvent être structurés pour financer des projets d’infrastructure, sociaux ou verts. Pour être véritablement crédibles, les sukuk doivent reposer sur une structuration robuste, une documentation transparente et un cadre fiscal neutre qui évite la double imposition. Leur succès dépend aussi de la liquidité secondaire : sans carnet d’ordres et acteurs de marché actifs (market makers, teneurs de marché), la prime de liquidité restera élevée. En pratique, les sukuk peuvent réduire la dépendance aux prêts bilatéraux et aux marchés obligataires conventionnels si l’on met en place des incitations réglementaires et des mécanismes de garantie adaptés.

Cette attractivité des sukuk explique à suffisance l’intérêt grandissant manifesté par les pays des différentes régions du continent du Nord au Sud (Maroc, Tunisie, Algérie, Afrique du Sud), d’Ouest en Est (zone UEMOA, Nigéria, Gambie, Kenya, Soudan) pour ne citer que ceux-là.  

Par ailleurs, il urge de saisir les importantes opportunités qu’offre la combinaison de la finance islamique avec la finance verte et durable à l’instar des expériences réussies de la Malaisie ou de l’Indonésie. 

En outre, les efforts de sensibilisation devraient s’orienter vers le secteur privé marchand pour l’émission de « « sukuk corporate » qui pourrait accompagner les stratégies  d’expansion des grandes entreprises nationales évoluant notamment dans les secteurs stratégiques tels que les télécommunications, l’énergie, l’agriculture, l’eau, les industries de transformation..

A cet égard, les acteurs du marché devraient faire preuve davantage d’ingéniosité et d’une approche marketing convaincante pour décider les potentiels émetteurs privés.  

Quelle lecture faites-vous de l’utilisation des sukuk par les États sur le marché financier de l’UEMOA ?

L’expérience de l’UEMOA montre que les sukuk souverains ont joué un rôle pilote : ils servent de référence de prix, créent des courbes de rendement et démontrent la capacité administrative des États à émettre selon des standards islamiques. Toutefois, la fréquence des émissions reste insuffisante pour créer une véritable liquidité.

Le marché régional a besoin d’un calendrier d’émissions coordonné, d’un renforcement des capacités des intermédiaires et d’un cadre fiscal harmonisé pour réduire les coûts de transaction. En somme, les sukuk ont prouvé leur pertinente utilité pour les Etats membres de l’UMOA mais exigent une standardisation du processus pour devenir un instrument de financement récurrent et liquide

A la lumière des différentes expériences notées sur le marché financier régional, neuf (9) émissions souveraines pour les huit (8) Etats membres de l’Union dont trois (3) pour le Sénégal et deux (2) pour la Cote d’Ivoire, il est clairement établi que les Etats affichent de plus en plus leur intérêt pour ces instruments financiers innovants dans leur plan de développement économique. La récente et brillante opération réussie par le Bénin au plan international en est une parfaire illustration.

Quelles stratégies devraient être mises en place pour promouvoir la finance islamique, et plus spécifiquement les sukuk, au sein de l’UEMOA ?

Dans un contexte où les États de l’UEMOA cherchent à diversifier leurs sources de financement et à renforcer la résilience de leurs économies, la finance islamique apparaît comme une alternative crédible et complémentaire au système conventionnel. Les sukuk, en particulier, offrent des perspectives intéressantes pour mobiliser des capitaux à long terme, financer des projets structurants et attirer une nouvelle catégorie d’investisseurs sensibles aux critères éthiques et de durabilité. Toutefois, leur développement reste encore limité par des contraintes réglementaires, fiscales et de communication. Promouvoir efficacement la finance islamique et les sukuk dans l’espace UMOA suppose donc une approche intégrée, articulée autour de plusieurs axes stratégiques. Ces axes doivent à la fois répondre aux défis techniques et institutionnels, tout en favorisant l’appropriation sociale et la confiance des acteurs économiques et financiers.

Harmonisation réglementaire : la première condition de succès réside dans l’adoption d’un cadre réglementaire harmonisé et clair. Aujourd’hui, malgré les progrès réalisés ces  dernières années dans la zone UMOA avec l’adoption en 2022 d’un règlement communautaire relatif aux titres financiers islamiques, les pratiques diffèrent d’un État membre à l’autre, ce qui crée des incertitudes pour les investisseurs et complique la structuration des émissions. Il est donc essentiel de finaliser lélaboration de normes régionales spécifiques aux sukuk et aux fonds islamiques, en s’appuyant sur les standards internationaux (AAOIFI, IFSB) tout en les adaptant au contexte juridique de l’UEMOA. Cette harmonisation doit faciliter l’agrément des produits, leur cotation sur les marchés régionaux et leur reconnaissance par les régulateurs. Elle permettra également de réduire les divergences doctrinales en matière de conformité à la Sharia, en instituant un Conseil régional de conformité capable d’émettre des avis unifiés.

Capacitation des acteurs : la finance islamique, et plus particulièrement les sukuk, requièrent une expertise technique pointue. Il est donc impératif de renforcer les capacités des régulateurs, des émetteurs, des banques et autres acteurs et des investisseurs institutionnels. Cela passe par des programmes de formation spécialisés, des ateliers pratiques sur la structuration et l’évaluation des sukuk  ainsi que par des échanges d’expériences avec des pays pionniers comme la Malaisie ou les Émirats Arabes Unis. La capacitation doit également inclure les acteurs de marché secondaire (courtiers, teneurs de marché) afin de garantir une liquidité effective. Enfin, la sensibilisation des leaders religieux et des Sharia boards est indispensable pour assurer une légitimité doctrinale et renforcer la confiance des investisseurs.

Incitations fiscales : la fiscalité constitue souvent un frein majeur au développement des sukuk, notamment en raison du risque de double imposition lié aux montages contractuels. Pour surmonter cet obstacle, il est nécessaire d’adopter des mesures fiscales temporaires ou ciblées qui neutralisent ces effets et réduisent les coûts d’émission. Les États pourraient, par exemple, accorder des exonérations sur les droits d’enregistrement ou mettre en place des crédits d’impôt pour les premières émissions privées. Ces incitations doivent être conçues comme des leviers de démarrage, destinés à créer un effet d’entraînement et à attirer les investisseurs institutionnels. À terme, une fiscalité neutre et prévisible permettra de consolider la confiance et de favoriser la récurrence des émissions.

Développement du marché secondaire : un marché primaire dynamique ne suffit pas : la liquidité secondaire est indispensable pour attirer les investisseurs et réduire la prime de risque. Il convient donc d’encourager la création de teneurs de marché spécialisés, capables d’animer les transactions et de garantir la disponibilité des titres. Par ailleurs, le développement de véhicules de titrisation conformes à la Sharia permettrait de diversifier l’offre et de renforcer la profondeur du marché. A cet égard, la plateforme régionale de cotation et de reporting intégrée que constitue la Bourse Régionale des Valeurs mobilières (BRVM) pourrait offrir une transparence accrue et faciliter la circulation des titres entre États membres. Ce marché secondaire doit être pensé comme un espace régional, afin de mutualiser les liquidités et d’élargir la base d’investisseurs.

Communication coordonnée : la finance islamique souffre encore d’un déficit de visibilité et de compréhension auprès des populations et des décideurs. Une campagne régionale de communication multicanale est donc indispensable. Elle doit expliquer les mécanismes des sukuk, leurs garanties et leurs opportunités d’investissement, en utilisant des supports adaptés aux différents publics : médias économiques pour les investisseurs, leaders religieux pour les communautés, réseaux sociaux pour les jeunes, et diaspora pour les financements transnationaux. La communication doit être inclusive, transparente et pédagogique, afin de déconstruire les préjugés et de valoriser les principes éthiques de la finance islamique. Le storytelling opérationnel, mettant en avant des projets financés par sukuk et leurs impacts sociaux, constitue un outil puissant pour inspirer et mobiliser.

En définitive, il nous semble urgent et opportun de fédérer toutes ces pertinentes initiatives nationales dans le cadre d’une synergie inclusive pour l’élaboration d’une stratégie nationale de promotion de la finance islamique au Sénégal qui pourrait déboucher à terme sur l’adoption d’une stratégie régionale.

Projets pilotes à fort impact : enfin, la promotion des sukuk doit passer par des projets pilotes emblématiques. Les sukuk verts et sociaux représentent une opportunité stratégique : ils permettent de financer des infrastructures durables, des projets éducatifs ou sanitaires, tout en attirant les investisseurs adeptes du label ISR (Investissement Socialement Responsable) et les institutions multilatérales. Ces projets pilotes doivent être conçus comme des vitrines, démontrant la capacité des États africains à mobiliser des financements innovants et éthiques. Ils créeront des références de marché, renforceront la crédibilité des émetteurs et ouvriront la voie à une régularité des émissions. En mobilisant la diaspora et les partenaires internationaux, ces sukuk pilotes peuvent devenir des catalyseurs de confiance et d’adhésion.

La mise en place d’une fiscalité adaptée et la révision du cadre réglementaire sont souvent présentées comme des défis majeurs. Quels leviers concrets permettraient, selon vous, de surmonter ces obstacles ?

Assurément, la promotion des sukuk et, plus largement, de la finance islamique au sein de l’UEMOA ne peut se faire sans un cadre fiscal et réglementaire adapté. Les obstacles identifiés double imposition, divergences doctrinales, manque de liquidité ou absence de normes locales peuvent freiner la confiance des investisseurs et limiter la récurrence des émissions. Pour y remédier, plusieurs leviers opérationnels pourraient être activés rapidement notamment  à travers la sécurisation des opérations, le renforcement de la transparence et la création d’un environnement favorable à l’expansion des sukuk.

  • Rulings fiscaux préalables 

La fiscalité est souvent perçue comme un terrain d’incertitude pour les émetteurs et les investisseurs. Aussi, l’instauration de décisions fiscales anticipées, ou rulings, permettrait-il de clarifier le traitement des émissions avant leur lancement. Ces rulings offriraient une sécurité juridique en évitant la double imposition et en garantissant une neutralité fiscale. Ils constitueraient un signal fort de prévisibilité et de confiance, indispensable pour attirer des investisseurs institutionnels et internationaux. Dans l’attente et de façon plus générale, il serait opportun d’accélérer les réflexions et travaux entamés il y a quelques années au plan communautaire notamment avec la Commission de l’UEMOA pour revoir afin de l’adapter la fiscalité applicable aux instruments financiers dans la zone.

  • Conseil national de conformité Sharia 

Sur un plan doctrinal, la diversité des interprétations peut créer des divergences et ralentir les processus d’émission. Dans l’attente de l’institution d’un Conseil Régional de Conformité Sharia, la mise en place dans les pays membres de Conseils Nationaux de Conformité Sharia, reconnus par les autorités régionales, pourrait permettre d’harmoniser les avis et de réduire l’incertitude juridique. Cette instance consultative assurerait une cohérence doctrinale, renforcerait la légitimité des produits et faciliterait leur acceptation par les investisseurs et les communautés.

  • Guides pratiques AAOIFI/IFSB adaptés 

Au plan règlementaire, les standards internationaux existent, mais leur application locale reste complexe. Aussi, traduire et adapter les normes de l’AAOIFI (Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions) et de l’IFSB (Islamic Financial Services Board) en guides pratiques, accessibles aux praticiens locaux, offrirait un outil opérationnel précieux. Ces manuels permettraient aux régulateurs, aux banques et aux émetteurs de disposer de références claires et contextualisées, réduisant ainsi les erreurs de structuration et accélérant la mise en œuvre des projets.

  • Mécanisme régional de refinancement islamique 

Au titre de la gestion de la liquidité, le refinancement islamique revêt un enjeu central pour la crédibilité des sukuk. La création d’un guichet de refinancement islamique, soit au niveau de la BCEAO, soit via un fonds régional dédié, offrirait une source de liquidité conforme à la Sharia. Ce mécanisme permettrait aux institutions financières de refinancer leurs portefeuilles de sukuk, stabilisant ainsi le marché et réduisant la prime de liquidité. Il constituerait un pilier essentiel pour la pérennité des émissions. A cet égard, il importe de saluer et de souhaiter la finalisation rapide des réflexions en cours au niveau des services de la BCEAO.

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