L’article du Financial Times concernant l’utilisation récente par l’État du Sénégal d’instruments financiers de type Total Return Swap (TRS), portant sur la mobilisation de 650 millions d’euros, plonge le pays dans la polémique et alimente les débats. Alors que le brûlant dossier de la dette dite « cachée » s’était progressivement retiré du débat public, cet emprunt vient raviver les discussions. Une fois encore, la question de la dette s’impose.
Le sujet intervient dans un contexte symbolique, marquant les deux ans d’exercice du chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, et de son équipe. À chacun son commentaire. Il ne s’agit pas ici d’en dresser le bilan : tel n’est pas l’objet de cette réflexion. Dans un contexte mondial marqué par des crises répétées, entraînant un durcissement des conditions de financement sur les marchés, chaque État cherche à trouver des solutions pour accéder aux ressources.
Le cas du Sénégal reste particulier pour plusieurs raisons. Le pays subit depuis deux ans une dégradation de ses notations. Le retard dans la signature d’un nouveau programme économique avec le FMI rend la situation encore plus complexe. À cela s’ajoute l’échéance liée au remboursement d’un eurobond, qui vient nourrir le débat. Autant de facteurs défavorables qui réduisent les marges de manœuvre du Sénégal sur les marchés internationaux, le présentant comme un profil plus risqué aux yeux d’investisseurs devenus plus exigeants et prudents dans un contexte d’incertitude.
L’une des alternatives consistait à solliciter davantage le marché domestique, notamment à travers l’émission de titres publics (OAT et BAT) et les appels publics à l’épargne. Les swaps, dont les TRS, font partie de l’écosystème du financement international et présentent à la fois des avantages et des limites. Leur recours avait d’ailleurs été annoncé en amont par les autorités.
Dès lors, faut-il y voir une volonté de dissimulation, comme le suggèrent certains ? Rien ne permet de l’affirmer si l’on se réfère aux déclarations du ministre des Finances et du Budget à l’Assemblée nationale en novembre 2025, ainsi qu’au Rapport économique et financier (REF). Malgré ces prises de position, la concrétisation de cette opération a suscité de vives réactions, tant au sein de la classe politique que dans l’opinion publique. Cette polémique résulte, à mon sens, d’une absence de stratégie de communication claire pour accompagner l’opération et en anticiper les effets.
Jusqu’ici, la plupart des appels publics à l’épargne réalisés par les nouvelles autorités ont fait l’objet de présentations en présence des partenaires techniques (arrangeurs, co-arrangeurs, chefs de file), des services du ministère des Finances et du Budget, mais aussi de la presse. Cette démarche permettait de préparer l’opinion et de sensibiliser sur les enjeux. Une approche similaire aurait dû être adoptée pour expliquer le recours aux TRS, malgré les exigences de confidentialité propres à ce type d’instrument. Une telle communication aurait été d’autant plus nécessaire que l’épisode de la dette dite « cachée » devait servir de leçon pour prévenir toute controverse inutile.
À la place, la communication des services du ministère a été essentiellement réactive, à travers un communiqué publié tardivement et une sortie du directeur de la dette publique sur les ondes d’une radio de la place pour s’expliquer. Or, la bonne approche repose sur la proactivité et l’anticipation. Une simple note explicative en amont aurait suffi à dissiper les incompréhensions, prévenir les malentendus et préparer l’opinion publique, surtout dans un secteur aussi sensible que la finance. Car les secondes comptent : le moindre chiffre peut donner lieu à des interprétations erronées et semer le doute.
Dans ce contexte, les experts des services concernés doivent s’exprimer dans un langage clair, accessible et compréhensible par tous. Cette démarche doit s’inscrire dans une stratégie globale de communication, cohérente et structurée. Il est également crucial d’instaurer une relation de proximité avec les médias locaux, qui jouent un rôle fondamental en période d’incertitude : ils informent, éclairent et explicitent les enjeux auprès des populations.
Enfin, à l’ère de la viralité de l’information, amplifiée par les réseaux sociaux, il devient indispensable d’adopter une posture de veille, d’anticipation et d’alerte. Cela implique de bousculer les pratiques et de sortir d’une communication classique, souvent trop réactive, pour privilégier une approche plus dynamique, transparente et engageante.

