La deuxième édition de Dakar Business Connect s’est tenue ce samedi 13 juin à Dakar autour du thème : « Les fonds d’investissement au Sénégal : vecteur de financement public et catalyseur de l’entrepreneuriat ? ». Organisée par le magazine économique et financier Le Marché, la rencontre a réuni des responsables publics, des investisseurs, des entrepreneurs, des représentants du secteur financier, des universitaires et des experts afin d’échanger sur le rôle croissant des fonds d’investissement dans le financement de l’économie sénégalaise.
Cette édition intervient dans un contexte marqué par un durcissement des conditions de financement. Les États comme les entreprises sont confrontés à des contraintes accrues d’accès aux ressources financières, tandis que les besoins en investissements demeurent importants dans les infrastructures, l’énergie, la santé, l’éducation ou encore le développement des entreprises.
Pour le président-directeur général de la Société africaine d’ingénierie et d’intermédiation financière (SA2IF), Constantin Dabiré, les fonds d’investissement constituent aujourd’hui un levier incontournable pour accompagner la croissance des économies africaines.
« Ces fonds d’investissement sont des véhicules financiers qui apportent de la liquidité pour le financement des investissements », a-t-il expliqué. Selon lui, ils interviennent aussi bien sous forme de fonds propres que de dettes et jouent un rôle essentiel dans un contexte où les besoins de financement augmentent plus rapidement que les ressources disponibles.
L’expert a souligné que la forte croissance démographique observée dans plusieurs pays africains exerce une pression croissante sur les besoins en infrastructures et en investissements productifs. « Il est nécessaire de réfléchir et de trouver toutes les pistes possibles qui permettront de financer les investissements et d’améliorer les conditions de vie des ménages », a-t-il indiqué.
Au cours des débats consacrés à la contribution des fonds d’investissement au financement des projets publics, les intervenants ont mis en avant leur capacité à compléter les mécanismes traditionnels de financement. Selon Constantin Dabiré, « le financement bancaire classique commence à montrer ses limites ». Les fonds d’investissement permettent non seulement d’apporter des ressources financières, mais également de renforcer la gouvernance des projets et d’accroître leur crédibilité auprès d’autres investisseurs.
« La présence d’un fonds d’investissement dans un projet d’infrastructure est souvent un moyen d’attirer d’autres capitaux », a-t-il affirmé, estimant que l’UEMOA dispose encore d’un nombre insuffisant de fonds au regard des besoins de financements de la région.
Les échanges ont également permis d’illustrer l’impact de ces mécanismes sur le développement des entreprises. Henri Ousmane Guèye, fondateur et directeur général d’Eyone Medical, a témoigné de l’expérience de son entreprise, spécialisée dans les solutions numériques de santé.
Selon lui, les fonds d’investissement ont joué un rôle déterminant dans le déploiement de solutions à l’échelle nationale. « Ces fonds nous ont permis de renforcer notre solution et notre organisation pour construire quelque chose qui ne va pas servir juste à un ou deux hôpitaux, mais à l’ensemble du pays », a-t-il déclaré.
L’entrepreneur a toutefois rappelé les exigences associées à ce type de financement. Les investisseurs recherchent généralement des entreprises ayant déjà démontré la viabilité de leur modèle économique. « La contrainte était de prouver que nous avions une solution qui fonctionne et un modèle capable de tenir sur la durée », a-t-il expliqué.
Au-delà des mécanismes financiers, Henri Ousmane Guèye a insisté sur la nécessité d’accorder davantage de confiance aux entrepreneurs locaux. « Les acteurs locaux sont des champions. Il faut investir en eux et les accompagner afin qu’ils puissent porter des solutions souveraines et durables », a-t-il plaidé.
Initiateur de Dakar Business Connect, le directeur de publication du magazine Le Marché, Dr Abdou Diaw, a rappelé que cette plateforme a été créée pour favoriser les échanges autour des grands enjeux économiques et financiers. Après une première édition consacrée à la titrisation en janvier dernier, le choix des fonds d’investissement répond à un besoin d’information et de sensibilisation des entrepreneurs. « Beaucoup de ressources sont disponibles, mais ceux qui ont besoin de financement ne peuvent pas les capter parce qu’ils n’ont pas accès à l’information », a-t-il souligné.
Pour lui, les fonds d’investissement constituent aujourd’hui une alternative crédible face aux difficultés rencontrées sur les marchés financiers et dans le secteur bancaire. Leur spécificité réside dans leur capacité à entrer temporairement au capital des entreprises afin d’accompagner leur développement avant de se retirer.
Les débats ont ainsi mis en évidence l’importance croissante de ces instruments dans le financement des États, des infrastructures et des entreprises privées. Ils ont également souligné la nécessité de renforcer l’information, la structuration de l’écosystème entrepreneurial et la mobilisation des capitaux afin de permettre aux fonds d’investissement de jouer pleinement leur rôle dans la transformation économique du Sénégal.