Le Sénégal fait face à un déficit croissant entre son niveau d’épargne et ses besoins d’investissement, dans un contexte marqué par une croissance hors hydrocarbures insuffisante et des difficultés d’accès au financement. Devant l’Assemblée nationale ce mardi 8 septembre, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a livré un diagnostic préoccupant de la situation économique du pays, tout en appelant à restaurer la confiance des investisseurs et à renouer avec la communauté internationale.
En 2025, la croissance hors hydrocarbures s’est établie à 2,25%, contre taux de croissance démographique de 3%, selon les chiffres avancés par le chef du Gouvernement. Cet écart se traduit, selon lui, par une baisse de la richesse disponible par habitant. « Nous nous sommes appauvris en 2025 et nous allons encore nous appauvrir en 2026 », a-t-il déclaré.
Cette situation s’explique également par les contraintes de financement auxquelles l’État est confronté. Plusieurs investissements publics à caractère social et productif ont ainsi été renoncés ou reportés. Le Premier ministre a par ailleurs souligné l’impact de l’accumulation des arriérés de paiement sur le secteur privé, notamment sur la viabilité des PME et PMI et sur l’emploi au sein des grandes entreprises.
Des objectifs en deçà des ambitions
Ahmadou Al Aminou Lô est également revenu sur le Plan de redressement économique et social « Jubbanti Koom », présenté comme l’une des réponses du Gouvernement aux difficultés économiques. Le programme devait mobiliser 6 166 milliards de francs CFA sur trois ans, dont 1 091 milliards issus du recyclage d’actifs. Il repose notamment sur le financement endogène, la réduction du train de vie de l’État et la mobilisation de ressources domestiques.
Les premiers résultats restent toutefois inférieurs aux objectifs fixés. Le Premier ministre a notamment cité la mobilisation des recettes fiscales. Sur une cible de 303 milliards de francs CFA, 173 milliards ont été réalisés. « Nous sommes ambitieux mais nous n’avons pas les résultats souhaités pour ce plan », a-t-il reconnu.
À ces contraintes internes s’ajoute un environnement international moins favorable. Le chef du Gouvernement a évoqué les conséquences du choc lié à la guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël, qui aurait davantage fragilisé des équilibres économiques déjà précaires.
Il a également fait état de la dégradation de la valeur des titres sénégalais sur les marchés internationaux. « S’ils valaient 100, maintenant on les vend à 50 », a-t-il affirmé, estimant que cette évolution traduit les difficultés du Sénégal à accéder à des financements à des conditions soutenables.
Un déficit entre épargne et investissement
Le Premier ministre a qualifié la situation actuelle d’« ajustement structurel ». Selon les données qu’il a présentées, l’épargne nationale représente 24% de la richesse du pays, tandis que les investissements atteignent 31%. Le déficit entre ces deux niveaux doit ainsi être couvert par des ressources extérieures.
Les transferts de la diaspora constituent déjà une source importante de financement. Ils ont atteint 2 642 milliards de francs CFA en 2025. Mais 85% de ces transferts sont consacrés aux dépenses courantes des familles, ce qui limite leur transformation en épargne et en investissements productifs.
Le Gouvernement entend dès lors renforcer le financement endogène, sans pour autant miser sur une économie fermée. « Nous sommes d’accord pour le financement endogène, il faut y aller, mais il faut être réaliste », a déclaré Ahmadou Al Aminou Lô. Selon lui, le Sénégal pourra davantage s’appuyer sur son épargne intérieure lorsqu’il aura accumulé suffisamment de richesses.
Le recours aux ressources extérieures demeure donc incontournable. « Nous ne pouvons pas être en autarcie, nous avons besoin de l’étranger », a insisté le Premier ministre. L’enjeu est désormais de restaurer un environnement macroéconomique suffisamment attractif pour rétablir la confiance des investisseurs et permettre au Sénégal de retrouver l’accès aux financements internationaux.
« L’arbitrage, c’est d’avoir un cadre macroéconomique attractif. Il nous faut renouer avec la communauté internationale », a conclu Ahmadou Al Aminou Lô.


