Le N°39 de la Revue économique et monétaire publiée par la BCEAO et le Centre ouest africain de formation et d’études bancaires (COFEB) analyse l’effet du changement climatique sur le canal du crédit de transmission de la politique monétaire. La démarche méthodologique adoptée s’appuie sur une régression de trois modèles de panel sur des données individuelles d’un échantillon de 69 banques de l’UEMOA régulièrement en activité sur la période allant de 2010 à 2022.
Les résultats des estimations mettent en évidence que la vulnérabilité climatique et les catastrophes naturelles (entermes de nombre d’occurrences et de décès subis) influent négativement et significativement sur les crédits bruts. En outre, le canal du crédit est vérifié en l’absence de vulnérabilité climatique et d’avènement de catastrophesnaturelles, avec l’effet négatif de la politique monétaire sur les crédits. Par ailleurs, cet effet négatif est amplifié dans un contexte préalable de vulnérabilité climatique.
Ces résultats révèlent que la vulnérabilité climatique influe négativement sur le fonctionnement du canal du crédit de transmission de la politique monétaire dans l’UEMOA. En effet, les banques tiennent compte des facteurs de vulnérabilité climatique dans leurs comportements d’octroi de crédits aux emprunteurs. A cet égard, leurs réactions à une modification de la variable de politique monétaire sont conditionnées par leurs perceptions de la vulnérabilité climatique des emprunteurs. Sur cette base, l’étude suggère la mise en œuvre d’actions visant à réduire la vulnérabilité des économies de l’Union et leur exposition aux chocs climatiques afin d’amener les banques à modérer leurs perceptions de la vulnérabilité climatique des emprunteurs.
Au niveau des Etats, les suggestions sont relatives notamment à la mise en place de systèmes d’alerte précoce dans les pays de l’Union permettant d’anticiper et de prendre des mesures préventives pour réduire la vulnérabilité des populations aux chocs climatiques ; la réalisation d’infrastructures résistantes aux chocs climatiques permettant de limiter les pertesmatérielles et humaines en cas de catastrophes naturelles.
Au niveau de la BCEAO, l’attention pourrait être portée sur la mise en œuvre des actions prévues dans la feuille de route de sa stratégie climat susmentionnée. Celles-ci concernent notamment l’étude des ajustements potentiels à apporter au dispositif de mise en œuvre de la politique monétaire pour y intégrer les considérations climatiques ; l’élaboration de notes d’orientation et d’études dans le cadre de la promotion du développement d’une finance verte et inclusive afin de renforcer le financement des politiques d’adaptation et soutenir une économie plus durable dans les Etats membres de l’Union. A cela s’ajoute l’intégration des risques climatiques dans le cadre de régulation et de supervision des secteurs bancaires et de la microfinance et la mise en place d’une surveillance macroprudentielle des risques climatiques à l’échelle du secteur financier régional.


